Projecteur à rêve jetable

Bonheur préadolescent d’avoir eu à attendre la fin des vacances pour avoir les photos sur du papier photo glissant et lisse, et de l’excitation de l’attente chez le photographe à moustache de Friville-Escarbotin ( Picardie ). Sur le trottoir en sortant de la boutique, les photos extirpées vite, très vite, de la pochette en papier cartonné pour toutes les (a)voir dans la main en même temps alors que papa est encore occupé à payer à l’intérieur. Déçu parfois, certaines sont surexposées, moches, cadrées comme un pingouin, alors qu’on les croyaient forcément très belles quand on a appuyé sur le déclencheur en plastique, avant de tourner fiévreusement la petite route dentelée pour recharger le lumineux réservoir d’imaginaire.

Un peu triste alors, d’avoir vraiment achevé ses vacances, mais heureux quand même, photos remises vite fait dans la pochette avant d’entendre l’immuable «  Mets pas tes doigts dessus » de papa.

Souvenir d’un weekend end passé à Brighton, quinze ans et demi peut être, muni d’un appareil jetable à flash, grande fierté, et d’avoir ouvert l’appareil photo sur le ferry, foutant ainsi en l’air la chambre noire et toutes les photos, la grosse marbrure violette sur les photos liée irrémédiablement à la mélancolie de ce weekend end anglais. Mais la joie également du souvenir précis de la voix d’un animateur de colonie de vacances barbu, j’avais treize, quatorze ans, lors d’une sortie en mer : « De toute façon les plus belles photos, elles sont dans la tête, pas dans l’appareil ».

L’appareil photo, ce projecteur à rêve jetable, balayé par le numérique et un autre rêve, celui d’avoir ses collections de photos sur son ordinateur, toujours à portée de main. Les soirées à rêvasser en pyjama devant l’écran en mode panorama, et le plaisir de retrouver une photo perdue dans la jungle des fichiers. Le numérique, non pas cimetière des arts, mais nouvelle mise en scène du souvenir et du cliché perdu. Il n’y a qu’à voir l’état d’excitations de certains forums à la découverte de la photo inédite ( ?) de Rimbaud, copié collé de la photo, Facebook profile picture, déformations sur Photoshop. Et le Polaroid qui revient à la mode, vintage foireux mais révélateur du besoin de retrouver l’espace d’un instant le papier photo.

1 Réponse vers “Projecteur à rêve jetable”


  1. 1 Gui 26 avril 2011 à 5:17

    C’est pas faux.

    Tograf.


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